Le marché a besoin de marquer une pause. De disposer, en d'autres termes, d'un temps de réflexion pour digérer toutes les informations qui nous submergent depuis de début de l'année. Pour une fois, Donald Trump n'est pas en cause. Aucune outrance n'est à déplorer cette semaine. Pas de panique non plus, ni de menace de krach. Rien de tout cela. Faut-il rappeler que le CAC 40 s'est permis de faire, en milieu de semaine, une brève intrusion au-dessus du seuil des 8300 points situé à deux doigts de ses plus hauts niveaux historiques ? Notre indice national a fière allure, mais il flotte dans l'air de vraies interrogations sur la soutenabilité de la hausse des cours tous secteurs confondus, notamment dans celui des valeurs technologiques.
Ce temps de la réflexion est, peut-être, une bien meilleure nouvelle qu'il n'y paraît. Il nous renvoie au retour aux fondamentaux des entreprises, que nous avions récemment évoqué. Les trois séances de baisse consécutives que viennent de connaître le Nasdaq Composite, l'indice de référence des valeurs technologiques américaines, ne sont pas dues à des craintes liées aux statistiques économiques ou à l'orientation de la politique monétaire de la Fed, mais à des doutes sur la rentabilité des énormes investissements réalisés dans le développement de l'intelligence artificielle (IA) par les géants du secteur. La preuve est faite qu'il ne suffit plus aujourd'hui de brandir l'étendard IA au-dessus de n'importe quelle des sociétés ayant son siège dans la Silicon Valley pour voir son cours de Bourse flamber à la Bourse de New York. Les investisseurs se demandent, aussi, si l'essor de l'IA ne va pas se retourner contre ses promoteurs en détruisant le modèle économique des plus grands groupes spécialisés dans l'intégration des logiciels, l'analyse des données dans le domaine publicitaire, ainsi que dans le traitement des questions administratives ou juridiques.
Ce n'est pas la première fois que l'innovation bouscule les situations établies. Teleperformance a fait les frais de ces craintes dès le début de l'année 2024, lorsque les investisseurs se sont rendus compte que l'IA était capable de gérer en toute autonomie la plupart des tâches liées à la relation client. Capgemini, dont le cours de Bourse s'affiche en baisse de près de 19% depuis le début de l'année est confronté aux mêmes défis. Dans la publicité, Publicis, qui a pourtant réalisé une percée remarquable dans le domaine du numérique et de la data, est aussi bousculé.
Ce retour en force de la « micro », par opposition aux grands sujets « macro » toujours plus difficiles à appréhender que le suivi traditionnel des résultats d'entreprises, n'a pas lieu d'effrayer les boursiers que nous sommes. Ce n'est donc pas un hasard si, à la différence de l'an dernier, ce sont cette année nos deux portefeuilles de détention de titres vifs, l'Offensif et le Défensif, qui enregistrent les meilleures performances. Rester à l'écart des plus mauvais choix du moment, comme ceux cités ci-dessus, constitue un levier tout aussi important que les choix positifs consistant à sélectionner les titres les plus vertueux. La structuration actuelle du portefeuille Défensif, autour d'affaires comme Bayer, BNP Paribas, Engie, L'Oréal, Air Liquide, Deutsche Telekom ou Schneider Electric, ne nous met pas à l'abri d'une mauvaise surprise, mais elle constitue une bonne base de valeurs solides offrant une bonne visibilité.
Le portefeuille Offensif, qui avait réalisé un début d'année tonitruant s'est légèrement affaibli au cours de la semaine passée en raison de la remontée de la volatilité des cours. Toutefois, avec un gain de 6,6% depuis le début de l'année, il conserve une belle avance sur le CAC 40 en progression plus modeste de 1,09%. Ce portefeuille résolument offensif a été pénalisé cette semaine par la forte baisse d'Eramet, ayant mis fin au mandat de son directeur général moins d'un an après son arrivée. Chute également du cimentier allemand Heidelberg Materials qui souhaite acquérir la division matériaux de construction du groupe Maas Group en Australie pour 1,2 milliard de dollars. Nous bénéficions en contrepartie de la bonne performance du sidérurgiste ArcelorMittal avec un bénéfice net par action en hausse de 30% au titre de l'exercice 2025 et l'annonce de perspectives encourageantes pour l'exercice en cours. Les 400 titres dont nous disposons sont en hausse de plus de 25% depuis le début de l'année.
Étant bien entendu qu'on ne peut pas gagner sur tous les tableaux, notre sélection Monde très investie sur Wall Street au travers de nos trackers indexés sur le Nasdaq, le S&P 500 et le MSCI World, a perdu cette semaine toute son avance et revient au point zéro depuis le début de l'année (cf. le graphique ci-joint). Au regard de la correction intervenue cette semaine sur les « big techs » la baisse reste malgré tout limitée pour la simple raison que nous avons ces derniers jours massivement réduit les positions notamment sur l'ETF Amundi Nasdaq avec 300 parts vendues sur les 400 détenues. Nous avons aussi allégé de 250 parts la position prise sur l'ETF Amundi S&P 500. A côté de cette hyperactivité, notre sélection de fonds ISR/PEA renvoie l'image apaisée d'un lac tranquille bien à l'abri des turbulences.
Quelle stratégie pour le mois de février ? Après avoir acté la fin du « buy the dream » sur l'IA, il faut retourner à la mine pour trouver au plus profond de la cote les meilleures opportunités du moment. Pour l'instant, après les excès de hausse de ces derniers mois, nous continuons de penser que nous sommes confrontés à une correction finalement assez classique sur le compartiment de la « tech ». Les questions que se pose le marché sur le retour sur investissement des énormes « capex » engloutis dans l'IA et sur l'impact disruptif de cette nouvelle technologie sur les activités les plus exposées sont parfaitement légitimes. Nous en voulons pour preuve que ces inquiétudes n'ont qu'un impact limité sur le reste de la cote. Les baisses intervenues ces derniers jours sur le CAC 40 se justifient, comme dans le cas de Stellantis qui vient d'annoncer la suspension de son dividende en 2026, par de vraies déceptions sur les résultats. A l'opposé, les bonnes nouvelles sont toujours saluées, c'est le cas cette semaine de BNP Paribas, d'ArcelorMittal ou de Vinci. Il y a dans ces conditions beaucoup à perdre à sortir précipitamment du marché. Mieux vaut recentrer l'actif sur des valeurs solides capables de bien résister aux inquiétudes du moment. C'est ce que nous nous efforçons de faire sur le portefeuille Défensif, avec une part de liquidités désormais significative d'un peu plus de 25% de liquidités. De quoi disposer de munitions suffisantes pour revenir progressivement à l'achat le moment venu.
Bonne lecture et bon week-end à tous,
Roland Laskine
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